Oeuvre de notre FEU Grand Ami Djilali/ Merci de le faire suivre

LE COSMANTHROPE EXOTE

 

 

 

 

 

 

Du même auteur

 

 

 

Les Pins d’Alep, 1985

Jacques Simon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Cosmanthrope Exote

 

L’Homme Cosmique Exotique

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ne te lasse pas de crier ta joie d’être en vie

Et tu n’entendras plus d’autres cris

 

Proverbe Tamashek

 

 

 

Avant de pouvoir se lier d’amitié avec quelqu’un d’autre,

Il faut être ami avec soi-même.

 

Eleanor Roosevelt

 

 

 

 

 

 

 

Remerciements

 

 

 

Ma joie et mon bonheur, c’est d’avoir rencontré des frères humains en recherche d’humanité faite de joie, d’amour et de sagesse. Ils m’ont fait ce que je suis. Grâce au partage de leurs écrits ou de leur présence, j’ai pu tracer mon cheminement, émerveillé comme un enfant. Qu’ils soient remerciés d’avoir traversé ma vie.

 

 

 

 

Introduction

 

 

 

Au centre du monde perce l'énergie de l'Amour. Son épiphanie provoque la fracture du monde économique nous vivons cette altérité tous les jours. Depuis la prise de conscience provoquée par la crise, nous vivons tous l'effondrement des valeurs d'un monde qui finit. Notre Moyen-Âge tire à sa fin. L'impossibilité de s'en tenir au système "dominants dominés" annonce l'avènement d'un âge nouveau.

 

À travers les phénomènes de déstabilisation, nous vivons un état de non-réponse apportée aux problèmes de l'heure, comme le chômage, la sous-nutrition, les famines et, plus grave, la déstabilisation des biotopes écologiques. Une vision différente s'avère donc indispensable. "L'appropriateur" économique dans toute sa puissance avait oblitéré, par son égocentrisme, la vision totalisante, dont l'identification commença à se faire jour et à prendre corps avec le choc pétrolier. À moins que ce soit au niveau des instances supérieures de décision que l'on ait voulu provoquer cette fracture pour engager le monde dans une unification progressive, les moyens d'échanges et de communications ayant créé une nécessité de changement dans les rapports de force. Au niveau planétaire, l'avenir s'ouvre donc à présent sous un jour nouveau, réfléchissant une situation particulièrement contrastée dans ses aspects les plus subtils, à laquelle on se doit de répondre par des mesures à variables élargies aux dimensions cosmiques.

 

Dans ce contexte présageant une planétarisation du monde, toutes recherches, toutes économies et toutes philosophies devront s'appuyer sur l'ontologie et l'intellection de l'être. Donc l'interrogation de notre action sur le monde environnant se fera là où la conscience rentrera en jeu et se trouvera promue au premier rang de la préoccupation du vivre, dans le sens, donc, d'une révélation nous obligeant à une réforme profonde de nos actions. Dans l'ignorance, on pouvait se permettre le bénéfice du doute. Dans un savoir plus paramétré, on se voit dans l'obligation de répondre positivement aux risques encourus ensemble. La complexité rentre ici en ligne de compte et devient, de ce fait, la question de la question. La question du sens est déployée dans toute son ampleur. Et il n'y a qu'une alternative à cette interrogation : l'Amour. C'est grâce à la présence d'une nouvelle conscience de soi que la communication à l'autre s'établit et se fait constructive. On se fait vis-à-vis pour, ensemble, retrouver un visage humain.

 

Nous assistons en somme à la naissance de l'être par le questionnement où il se débat dans le monde. C'est une interpellation à laquelle il faudra répondre par une vocation à être en symbiose avec le "tout vivant". cela passe par un nouveau langage à inventer : l'holisme - la maison de l'être est multiple pour son jeu et son cheminement. C'est dans la valeur de la parole (verbe) que l'homme se rend capable d'être le vivant qu'il est en tant qu'humain. Il y a une profonde solidarité entre la pensée et la parole, quand ces dernières sont vraies. Or, elles ne peuvent être vraies qu'en s'inscrivant dans une troisième dimension, en allant vers l'autre considéré comme soi, dans une vision large et trinitaire.

 

L'expression, avant d'être célébration, se doit d'être relation, donc communication et partage, ensemble. Un monde sensé partage et communie. Je me transmets à autrui par moi-même : si je triche, je me triche, donc je diminue dans ma vérité, donc je blesse mon véritable sentir objectif. Il n'y a de possibilité de communication qu'en dignité de soi-même envers l'autre. Un échange tronqué dans sa signification n'a aucune valeur humaine : tôt ou tard il mourra de sa propre inconsistance.

 

La faux ne peut éclairer. L'intrigue de communication n'est qu'un flou de l'âme. Un mouvement d'amour s'impose donc ici pour retrouver la plénitude d'un dire signifiant. Le vrai langage se lie d'emblée à la sensibilité. Le parler vrai est contact, est touché, est caresse, est dit juste, dans la totale sensorialité du vivant. Or la totalité est infinie, et en elle, la sensibilité est en corrélation avec la jouissance réellement vécue d'un amour donné. L'amour est quand la conscience d'être est si forte qu'elle est au point de s'intégrer dans l'harmonie universelle. Cette sincérité est tenue, par les ignorants, pour totale naïveté. Les imbéciles ! ils ne savent pas ce qu'ils perdent à prendre la vie à l'envers. Seule, une véritable sensibilité conserve cette dimension de pureté qui offre, à son découvreur, la jouissance d'une véritable libération de ses propres peurs.

 

Tout, dès lors, s'inverse et pénètre le sens de cette inversion de polarité. Et permet ainsi de recouvrer la lumière en soi, là où le corps et l'âme se reçoivent dans l'amour. C'est en termes de vulnérabilité, de subjectivité, de sensibilité, que l'être s'avoue être humain et qu'il se donne à l'autre en tant que tel. Le prochain me concerne et m'interpelle avant tout consentement. Si la transcendance a un sens, elle assigne l'être à rentrer dans une conscience élargie, donc dans la recherche d'un éveil sensible. L'être trouve sa paix quand il vit en harmonie avec lui-même : la recherche est difficile, mais vaut la peine d'être tentée. La conscience, ce savoir de soi par soi, n'épuise pas la notion de subjectivité. Au début de la vie, l'enfant a besoin de toute son attention pour apprendre de l'autre ; puis, peu à peu, il cherche son expression pour s'en libérer. C'est peut-être là le début de l'éveil. L'égoïsme n'est ni premier, ni ultime, mais il obstrue notre conscience. Il mène à la possession. La libération, elle seulement, accomplit l'éveil. À bien y regarder, l'impossibilité de s'en tenir à la jouissance de l'égoïsme est contenue dans la structure même de l'être vivant. Il faut chercher à évoluer, en s'évacuant.

 

Avant même que la mort nous prive de sens, l'homme a le souci de sa survie et de son existence, ce qui lui permet de rechercher un sens à sa solitude. Mais il ne peut le faire qu'en quittant l'illusion qu'il sera maître de son destin et seulement en imprimant sa marque au sein de la société dont il fait partie. Cependant, ce n'est qu'en s'appliquant à décondenser cette illusion qu'il se met en marche vers sa véritable destinée lors de son passage sur terre. N'est-ce pas là une merveilleuse ouverture vers un amour de la vie, passant obligatoirement par l'amour de soi, se libérant dans le jeu du monde, pour une plus vaste et plus ample conscience éveillée des êtres et des choses ?

 

On ne préserve pas sa différence en se maintenant à distance de sa vie mais plutôt en l'exprimant dans des valeurs ouvertes, à hauteur des forces libérées, dans le jeu merveilleux, quoique dangereux, du vivant. Ne pas s'ouvrir à l'écoute de cette profondeur unique reviendrait à s'interdire l'accès même à cette unicité. Qui recule, par rapport à soi, par faiblesse ou par compromission, mutile à jamais un pan de sa création, et de ce fait se rend coupable, puisqu'il en prive le monde. Tout recul est un manque de prise de conscience du rôle et de la responsabilité dont la vie nous a doté en nous choisissant pour remplir un destin. Dans cette création, dans ce surgissement, dans cette jouissance, je suis seul responsable envers le tout, je suis partie prenante du tout, je suis l'univers.

 

L'économique, le calculé, le compté laissent l'être clôturé. Caché, il suffoque derrière une fausse idée de son vivant, il se conditionne et ne s'appartient pas. C’est pourquoi les sociétés humaines ont tellement besoin de rituels et de mythes. Ces moyens permettent d'extirper des humains, en une sorte d'exutoire, le malaise existentiel, sous-jacent à la mort présente en nous. C'est dur de s'admettre mortel. La recherche d'absolu, en nous, nous colle aux tripes. La peur s'installe et l'on est prêt à vendre son âme au diable pour trouver un peu de sécurité, dans notre relative faiblesse à vivre pleinement notre fin et la fin de notre vie. Pourtant, jour après jour, heure après heure, la vie nous quitte. Et nous tentons de compenser ce vide par une dimension spirituelle d'éveil hors de la linéarité du temps. Ne pas s'ouvrir à cette interrogation, c'est s'interdire d'évoluer vers une plus grande dimension de soi et de sa création. Avec un regard plus aiguisé de sa responsabilité d'homme, on rentre dans une construction évoluée de soi-même. En naissant, on est assigné à être totalement soi et à offrir cette riche différence aux autres et au monde.

 

"Demain, va se lever une aurore nouvelle

dans un ciel dégagé des terreurs des "poissons"

le "verseau" répandra sa douceur fraternelle

et les hommes enfin se verront tels qu'ils sont"

Mario de SABATO

L'enchaînement absurde de la violence ne pourra prendre fin que par l'éveil d'une conscience nouvelle, individuée. Éveil dont déjà de nombreuses personnes sont porteuses, dans l'émergence de la nouvelle ère.

Tant qu'il y a un seul humain que tu aimes moins que toi-même, tu ne t'es jamais aimé toi-même. La marche vers le puits n'est pas le terme de notre soif. La moelle la plus exquise est toujours dans l'os le plus dur. Tu es seul, mon frère, tu es seule, ma soeur, pour t'éveiller à une nouvelle naissance.

 

 

 

 

 

Chant 1 : La Gratuité de l’Infini

 

 

 

Le penseur a idée de l'infini s'il est dilaté plus que lui-même. Il baigne dans l'approfondissement des êtres et des choses. L'idée de l'éternité a été mise en nous pour que nous dépassions notre condition instinctive d'animal et pour que nous puissions entrer dans la compréhension de l'univers, ceci dans un désir pur et désintéressé, suscitant une évolution de nos comportements égoïstes. Nous sommes nés pour découvrir que nous sommes plus grands que nos petits désirs mesquins. Nous sommes aptes à découvrir la réelle conscience des êtres et des choses, en élevant nos vues bien au-delà de nos petites prétentions. La création nous demande la gratuité du geste qui, lui seul, est une libération. Nous sommes créés par une intelligibilité qui nous est intérieure. Nous sommes porteur de l'héritage des siècles, chargé de mission pour en augmenter la potentialité créatrice : élus en responsabilité d'être né dans l'inimitable fonction humaine. La réception de ce message peut se faire par un travail intérieur sur soi, à tous les niveaux du vivant qui nous alimente. Se recevoir n'est pas paraître, mais être profondément soi, dans le cheminement d'une vie porteuse d'élévation subtile. L'obsession de la récupération de l'expérience commune pour soi, dans un dessein personnel, est une déviation, une thésaurisation sécurisante inutile. Seule la libération par l'amour de soi et des autres permet de véritablement jouir de l'acte évolutif entrepris. La mémoire est immémoriale. Elle charge la vie, en la libérant dans un jeu merveilleux du vivant. Elle se rend à la lumière, d'où elle vient. La supériorité de l'homme fait réside dans la présence de ses réussites intérieures pour l'accomplissement d'une transcendance irréversible.

 

Le monde est le creuset du projet humain, il en est le support. Les moyens utilisés ne sont là qu'en traces correspondantes à une époque donnée, sorte de repère pour jalonner l'histoire de la progression de l'oeuvre vers son aboutissement final, c'est-à-dire vers le nec plus ultra de la création, un retour aux sources, en somme. L'histoire s'effacera devant la clarté immuable de la lumière transcendant toutes choses. Ainsi en est-il de l'autre qui demeure un mystère pour nous tant que nous ne lui ouvrons pas la part la plus belle de notre amour. Pour cela, il faut quitter le désir de possession que l'on a de lui par peur maladive du manque. Car, quoi que nous fassions, il est lui-même une entité libre et un tant soit peu étrangère à nous-même. Quand nous naissons, nous naissons unique, avenant dans une famille, une nation, une société incluse dans un temps historique. Ces lieux peuvent devenir des carcans étouffants si nous n'y prenons garde, ou des lieux de réalisations, selon l'élévation spirituelle de l'ensemble de ses membres. Il va falloir se tailler une place unique dans ce magma d'expériences proposées par les autres. Là résident la valeur et la capacité à se réaliser pleinement, en propre, dans son unicité, construit à hauteur de vibrations positives, ce qui rend l'homme capable d'être lui-même et d'offrir sa richesse intrinsèque aux autres. Il faut se rendre maître de soi, c'est-à-dire serviteur de la noble cause qui nous fit naître et n'appartient, en fait, qu'à soi ; dont chacun est porteur en même temps qu'il en est responsable. Notre projet humain a sa nécessité et sa noblesse dans la mesure où il libère l'unicité en nous.

 

Souvent, malheureusement, l’être sacrifie à la quantité au lieu de se ranger à la qualité pour servir son projet. Dans cette altérité du sens, il perd de vue le but de son parcours sur terre, qui est d'être créateur, en artiste de sa propre vie, en symbiose avec son individualité. À ce niveau de la compréhension de ma vie, je ne suis pas appelé dans ma solitude mais au contraire dans ma réalisation, et je m'offre à la beauté unique qui me fit être membre du vivant. J'ai été élu, dès ma naissance, au projet de venir parfaire, d'une manière unique, mon accomplissement dans la création. Je suis faible, certes, mais chargé aussi de forces extraordinaires par mon unicité, pour créer ma vie et l'offrir au vivant dans son accomplissement. Je ne peux me dérober sans me mentir à moi-même. Je suis assigné, par "Dieu", à réussir ce cheminement terrestre, et suis donc responsable à hauteur de mon engagement. Être gardien de ce lieu sacré, bien précis en moi, me confère la qualité d'un état d'être, choisi et non subi. Voilà ma vraie liberté.

 

Cela dit, un travail assidu de prise de conscience de mes forces et de mes faiblesses m'attend pour déprogrammer ma formation, l'analyser le plus sincèrement possible, et me mettre à choisir les points de force de mon évolution. Ensuite, il me faudra m'atteler, par un désir ardent de construction, à l'élaboration progressive de mon projet humain, et ainsi me charger de la réalisation de moi-même, en m'attelant à la tâche de le porter sur l'autel de la création. Sans cette prise de conscience, je ne suis qu'un zombi, et encore moins peut-être ... je suis un et irremplaçable du fait de mon unicité ; un, en tant qu'irremplaçable, dans ma responsabilité.

 

Cette responsabilité implique une lucidité sur mes zones d'ombre afin de travailler à les résorber pour m'approcher, au plus près, des étapes de conscience, éclairant ma recherche. Cette expiation de mes erreurs n'a rien à voir avec une punition. Laissons-là ce sentimentalisme de mauvais aloi et rentrons plutôt dans l'initiation d'une volonté libératrice d'éveil, pour bâtir la signification profonde de notre vie. Car n'oublions pas que la merveille de la création n'est pas d'avoir été créée, mais surtout d'être "un humain", capable de se recevoir comme tel, dans la révélation de lui-même : apprendre que l'on a été créé pour comprendre le sens de la vie, autrement dit, d'avoir été créé être relié à la création. La création est élection de merveilleux, dans la magie révélatrice d'une enfance retrouvée. Le rapport social acquiert alors ici une dimension plurielle : "Être ou ne pas être, là est la question", pour chacun d'entre nous !

 

C'est seulement face à autrui que je suis unique ; sans ce vis-à-vis, je n'existe pas dans mon unicité. C'est l'autre qui me découvre. Ainsi, je deviens présent à sa réalité. Il me donne un visage et une âme. Cet autre, comme moi-même, s'offre à tous les pouvoirs, toutes les ruses, à tous les pièges que je peux lui tendre, et qu'il peut me tendre. Et c'est là qu'interviendra, ou non, mon sens humain de la fraternité. L'être qui interroge l'autre interroge son propre visage. La compréhension d'autrui nous est donc indispensable pour exister en tant qu'être. Ou je me présente nu comme tel, ou sous un masque d'apparences trompeuses. Là est mon choix absolu, là se situe le véritable sens de mon éveil. Il me faut être très attentif à des mots comme "nudité", "rectitude", "franchise", "spontanéité". Ils engagent l'être à une conversion, à un changement de polarité dans sa relation à l'autre soi-même. Là, l'être quittera l'apparence pour s'ouvrir à sa vérité, là où la simulation et la dissimulation de sa vraie nature ne sont plus possibles.

 

La création est active ; la rendre passive la rendrait obsolète. Elle se crée sans cesse par les êtres qui la projettent au-delà d'eux et l'enrichissent de leur croissance vers plus de conscience. C'est en ce rapport qu'elle est vivante. Elle ne peut être réduite à un rapport de forces antagonistes. C'est là le sens de la crise d'identité que nous vivons tous. Il nous faut dépasser le cadre moyen de l'économie pour embrayer sur la transcendance, afin de grandir en responsabilité d'humanité. Nous quitterons ensemble notre inhumanité, cette guerre civile faite à nous-même, ce fondement de notre nature psychique malade. Alors nous nous élèverons vers notre résurrection.

 

C'est l'unique qui est le vrai visage de la nouveauté, hors système. La totalité de la créature définit sa création, si elle s'authentifie à elle-même à elle-même sans le support des apparences, libre, enfin, d'offrir son intériorité dans une décondensation du quantitatif vers le qualitatif de son expression. L'existé panoramique dans les apparences est un mauvais film qu'on fait à soi-même et aux autres, et qui ne mène à rien d'autre qu'à nous emprisonner dans le scénario que l'on se joue bêtement, les yeux bandés. Plus de lucidité et de dévouement conscient nous rendraient plus libres de création. Il ne faut pas se faire un faux visage au risque d'être un clone de sa propre vie. Mais être une figure ouverte aux intempéries et aux beaux rayons du soleil de la vie : un visage reflétant l'incarné spiritualisé. Je m'approche de l'infini dans la mesure où je m'identifie à mon prochain comme à moi-même, en tant qu'humain en formation. Vivant, bien vivant, je vis du bonheur de me créer au-delà de mes petitesses journalières. Et, c'est bien.

 

 

 

 

Chant 2 : Nous, l’Univers, et l’Arbre

 

 

 

L'expérience est accueil de l'autre. Tuer n'est pas dominer mais anéantir, renoncer absolument à la compréhension, donc à la mort de soi-même. Autrui m'offre un moyen de me connaître en me dévoilant. Il m'identifie, comme je le découvre, en le rencontrant dans la communication. La conscience de cette expérience me donne sens. Ce sens permet la prise de forme de l'esprit dans les choses et ainsi, d'engrammages en engrammages, la communication enrichit les humains désireux de s'éveiller à la vie spirituelle.

 

Mais cette relation à autrui ne doit en rien être faussée par les apparences, ou elle devient alors tronquée. Nous nous devons donc d'agir avec le sentiment intime de servir notre conscience et d'essayer de la mettre en conformité avec les idées que nous prônons et les actes que nous faisons vis-à-vis de l'existence. C'est ainsi que l'on grandit en éveil et en libération de soi. L'homme est là où il domine ses instincts. Il ne peut le faire qu'en prenant conscience de lui ; quand nous prenons conscience, nous sommes dans un circuit d'intelligence avec le réel. Et rien ne peut y échapper. Le fait d'être dans l'inconscience est un mode déficient de la compréhension. Apporter une compréhension à ce que l'on fait c'est s'ouvrir un espace d'être plus vaste que soi. Chaque sujet conscient a sa réalité et se doit de la servir en la vivant et en l'offrant au monde.

 

Longtemps, la philosophie occidentale a été une réduction de l'autre au même. Dans cette sorte de nivellement dit démocratique, on a surtout voulu un citoyen docile. Mais le vivant n'accepte pas cette compromission. Le monde réel est le monde de la connaissance. La « co-naissance » est amour et l'amour est une conscience de la dignité unique de l'autre, accepté différent et aimé comme tel. La signification de cette recherche, de ce jaillissement de lumière éveillant l'âme et le corps, se fait par une prise de sens. Le sens devient perméable à l'esprit ; perméabilité qui anime la sensibilité de l'être et entraîne sa sensorialité dans une charge de lumière, qui, à elle seule embellit l'être et le rend rayonnant. C'est par la lumière que tout prend forme, dans le nuancier du vivant. 

 

La pensée qui s'éveille est l'aube d'une clarté. Il s'agit de sentir l'évidence du monde dans son incomplétude et, en remontant à la conscience de soi, travailler à compléter l'horizon de sa vie. Une pensée riche retrouve autonomie, là où toute recherche devient alors enrichissante. Elle est un chemin vers plus de clarté de soi. En soignant l'individu, c'est le groupe que l'on soigne. Plus chaque homme sera conscient de la nécessité de travailler à son éveil, et plus la communauté des hommes vivra en harmonie avec elle-même et les éléments de sa nécessité.

 

Nous et l'univers sommes comme un arbre. Ce tronc commun qui nous unit alimente nos racines dans les profondeurs de l'être ; et notre arborescence, faite de branches maîtresses et secondaires, va jusqu'à l'extrémité des moindres bourgeons pour nous instruire du ciel. Tout est relié dans un réseau complexe de relations très fines, dont nous connaissons à peine la périphérie. Nos mains tremblent de peur et de tendresse devant cette inconnaissance et il est facile de se perdre dans cette merveilleuse histoire humaine, confiée en héritage à nous, humains, au jour premier de la création. Les choses sont toutes engrammées les unes dans les autres, comme une caresse touchant une peau. Il faut la magie d'une grande tendresse pour retrouver en soi l'unité de la vie.

 

Plus l'homme bafoue, renie, délire et vitupère sa fausse puissance, plus il délie sa lignée et se rapproche de l'héritage qui le fait entrer dans l'amour, à la droite du créateur. Nos ambitions, nos délires les plus tenaces violent de jouissances factices la "terre mère", salie par nos pollutions jusqu'en ses entrailles. Nous nous cachons toujours la nécessaire purification de notre comportement de malade. Notre orgueilleuse prétention s'illusionne d'apparences. En courant vers des bonheurs factices, nous évitons de penser à long terme. Pourtant, ne sommes-nous pas fait pour le merveilleux retour à l'aurore ? pour revenir au corps de lumière non encore entrevu ? sauf dans les yeux de l'enfance ! l'ahurissant, c'est qu'après tant de siècles d'errance dans le désert froid de notre angoisse, nous n'ayons pas encore compris le sens de cette quête d'absolu. Nous nous dissolvons toujours dans le bain purulent de nos contradictions, répétées à longueur de siècles.

 

Le concept pédant de la trajectoire déterministe se brise sous nos yeux, et pourtant nous continuons à servir ce faux rêve de conquêtes aléatoires. Dans cette peinture en creux qui n'est que fuite en avant, on ne voit pas que le vide est plein. Pourtant le grand écart n'empêche nullement les danseurs que nous sommes devenus de sentir sur leur corps les flammes chaudes d'un désir de plénitude. Quittant la chorégraphie objectivante, nous pourrions danser la messe pour le temps présent, cet oratorio étant seul digne des enseignements initiatiques reçus à travers des siècles baignés de sang, purifiant nos vains sacrifices depuis des millénaires.

 

C'est dans le regard de la lumière, "matière d'énergie", qu'il faudrait aujourd'hui situer notre contemplation des mondes. L'être n'est pas autre chose qu'un voyageur d'infini et l'essentiel est situé, pour lui, dans la plénitude de la lumière. Cette chorégraphie résiste à la réduction dans laquelle veulent nous entraîner les pouvoirs de toutes sortes. Je refuse à plein bras ce théâtre des ombres. Il faut faire de l'instant vivant une force constructive, ouverte sur le chemin des étoiles ; à notre ombre, préférer la beauté colorée d'un arc-en-ciel. La mobilité du décor ne prive jamais de la beauté poétique de l'absolu. En immigrant sauvage, je veux tout sentir, tout aimer, et ne rien prendre. Je me déclare nomade et embrasseur d'univers.

 

Ayant échoué subitement, tel Jonas dans le ventre de la baleine, j'ouvre ma gueule et pousse le grand cri qui brisera tous les murs de mes silences feutrés d'hypocrisie. Dans sa fameuse presbytie, notre époque délétère n'a rien inventé de mieux que la prétention de ce faux homme "Dieu", le progrès, pour me coincer dans le marché aux puces d'illusions dérisoires. Le porte-bouteille n'a pas la qualité du vin en soi s'il n'offre que des bouteilles frelatées. Je recherche l'ivresse d'un champagne rosé brut bien frappé qui me communiquera, au corps et à l'âme, la chaleur d'un amour féerique. Le corps de la "nymphomane société" n'a que des orgasmes programmés. Je suis fait pour un autre rêve, un rêve de sans-culotte : là où l'arabesque des formes pâmées se découpe dans l'espace d'une vie enchantée de liberté. Libre ! dans la magie du vivant dans l'Amour, ce lieu saint. Je suis un fou libertin, mais je le suis, en conscience du hurlement grave des hommes qui ont faim et soif d'amour. Ils en ont assez de ces dimanches criblés d'ennui, des jours vides, de la puanteur des rues empestées d'oxyde de carbone ; ils en ont assez des constructions fadasses de ce siècle en déliquescence. Ils veulent de la couleur, des fleurs, des gestes d'amour, des caresses et des plages blondes de sable chaud, loin des propositions puant l'argent et le négoce. Les pouvoirs, c'est comme le savon : ils vous glissent des mains. Nous voulons être arbitres d’élégance faite au coeur de la vie, dans une liberté responsable, ouverte à l'avenir. Les pauvres diables d'hommes n'en peuvent plus de nourrir cette pieuvre affamée qui pollue tout l'environnement, et l'âme des plus faibles.

 

Nous voulons être ces êtres comprenant que les pouvoirs nous ont caché l'essentiel et déformé le reste. L'orgueil de posséder est un sentiment vain s'il s'accompagne d'un mal de vivre car les choses autour de nous se contentent d'être par elles-mêmes si on ne les viole pas. Et c'est seulement nous, par notre démence à vouloir les comptabiliser, qui leur donnons une côte de valeur démoniaque. Le jour où l'on apprendra, dans sa vie quotidienne, à vivre sans toujours calculer, on se sentira moins isolé, et plus uni à tout ce qui nous environne à travers le temps et l'espace. À goûter intelligemment le semblable et le différent, le multiple et l'unique, le passager et l'éternel, nous serons goûteur de tout, sans rien posséder en propre, et nous nous offrirons la joie d'être ensemble sur le même "bateau terre", cette jolie planète bleue, comme l'ont exprimés les astronautes à leur retour sur terre.

 

Alors là, et à ce moment-là seulement, viendra la véritable libération. Nos recherches, nos investigations dans de multiples expériences de plus en plus poussées nous ont introduits jusqu'au plus intime de la matière. Nous avons pourtant, du monde, une idée fragmentaire, en pièces détachées, et nous sommes incapables d'un senti unitairement solidaire : voilà bien notre prison !

 

Notre façon de penser, "défroque langagière prétendument logique", sûre de son discours et de ses jugements, sûre de l'exactitude de ses idées, pose à l'homme le défi d'une vision simpliste et mécanique des choses. Cette boulimie de pensées prétentieuses ne voit toujours que par un bout de la lorgnette. D'où d'incessantes disputes, d'où des discussions sans fin, créant des crises de dominance où la pensée moderne s'enferme. La bêtise, l'ignorance, dans ce sortilège de faux sentiments, faits de méfiance et de peur, nous a abêti lentement. La terre s'épuise sous nos discours creux de malades. Il va bien falloir apprendre ensemble à la sauver, cette terre, si belle ! la conscience parcellisée a malheureusement créé un individu fragilisé. La logique de l'absurde prédomine. C'est donc cette logique infernale qu'il faut transformer en saine compréhension.

 

La chose dont il faut absolument se méfier tient dans les déviances de notre cerveau. La toxicité de cet orgueil paranoïaque fait plus de mal par ses prétentions que l'ignorance. Il faut donc ne jamais s'astreindre à l'optique, soi-disant logique, du plus grand nombre si l'on veut se rendre service et par contrecoup à l'humanité tout entière. Nous devons donc essayer, individuellement, de nous hisser à un degré plus évolué de conscience planétaire, hors de nos peurs, hors de nos haines et de nos jalousies, afin de nous transformer nous-mêmes, avant de vouloir transformer le monde.

 

Qu'on ne me parle plus de ces idéologies, de ces politiques, de ces religions qui sont devenues, toutes, des instruments de dominance. L'absurdité enrubannée de beaux discours et de fausses promesses a fait courir plus d'un imbécile aux urnes et aux autels. Le souci de profondeur et de sincérité est indispensable pour aimer le vivant dans sa réalité et le respecter. Il y a malheureusement toujours trop de partisans du dérisoire et de la dérision. Alors que la seule voie enrichissante est une véritable compréhension holistique, ouverte et globale, de l'évolution de l'humaine condition. La loi véritable de l'éveil est hors des visions du groupe, hors de la société : elle est dans l'émergence de la conscience de l'individu, une révolution intime, porteuse d'un éveil d'amour du vivre, sous toutes ses formes, là où tout est relié dans l'univers.

 

 

 

 

Chant 3 : Le Prédateur et l’Intuition

 

 

 

Tout ce savoir accumulé à travers les siècles par des hommes dit civilisés a abouti, en fait, à laisser l'homme au niveau de l'histoire du néolithique, avec, néanmoins, une grave variante : des moyens de destruction décuplés. Notre comportement reste cependant celui d'un prédateur agressant tout ce qu'il convoite. Le véritable progrès serait donc de s'atteler, chacun, à être un autre type de créateur, un nouveau type d'humain, respectueux, centré sur une vraie recherche d'amour des êtres et des choses. Il nous faut, de toute urgence, retrouver une poétique de la tendresse au vivant, apte à transformer notre violence en un respect sacré de la vie - tout en restant sur terre un être de chair et de sang, de mémoires et de souffrances, de peines et de joies, de désirs et de jouissances, et ainsi acquérir ce sens ineffable et profond fait d'une vie large, pleinement reliée à l'espace et au temps, à la durée et à l'infini. Ce que nous savons bien faire dans nos rêves les plus fous.

 

Dans cette quête angoissée par notre incompréhension de la vie, faite de rires et de pleurs "s'inter mêlant", il faut savoir regarder avec humour les grands problèmes posés par ce "fada d'humain", et, en seigneur d'amour, offrir sa recherche à la folie du vent et au mouillé de la pluie, pour recouvrir sa vie d'homme de la carapace souple de l'enfant que nous avons été, toutes et tous. À la recherche du firmament des étoiles, là où le soleil réchauffe corps, coeur et Âme de ses doux rayons bienfaisants. Le ciel se fait clarté au-dessus du nuage des connaissances accumulées que notre soif de savoir a découvertes au prix de bien des pérégrinations dans les éléments.

 

La meilleure façon d'approcher la connaissance de soi est de prendre au sérieux le regard des autres, ce qui nous force à être attentif à nos propres défauts et aux détails de la vie qui nous différencient d'autrui. La sagesse consiste à ne pas s'embarrasser des conquêtes de nos cerveaux. Elles sont plus néfastes qu'on ne le croit car elles nous encombrent l'esprit au moment crucial où celui-ci a besoin de clarté. La sagesse sera de plus en plus l'apanage de la jeunesse, à l'exception de quelques esprits plus âgés ayant compris l'enjeu du changement d'ère en cours ; et ainsi de changer eux-mêmes. Lieux communs, idées toutes faites, sont enfants de l'ignorance. Que de cerveaux raisonnent à coup d'idées préconçues et d'opinions télévisées, sans en vérifier le fondement ! l'autorité de ceux qui enseignent nuit, la plupart du temps, à ceux qui veulent apprendre.

 

La meilleure façon de s'orienter dans l'espace de la pensée est certainement de se servir de son intuition. Cet instinct intuitif ne peut se trouver quand on s'enferme dans le processus de la logique établie, de cette logique qui nous fait dire tant de bêtises. Le discours logique réunit les contradictoires. L'univers est une somme d'inversions et de conversions. Ce que l'on cache sous une logique cartésienne implacable est, souvent, le fruit de notre ignorance crasse. Ne pouvant embrasser le tout, nous le figeons dans notre étroite vérité, basée sur une appréciation parcellaire des faits. Notre science est l'exacte mesure de notre fatuité. La défaillance de la logique établie s'étale dans les crises successives, vécues au jour le jour, dans nos sociétés. Les erreurs faites au bon sens sont flagrantes et communes à toutes les formes de pouvoirs. Le lieu imbu de lui-même qu'est le pouvoir, où le faux prend le pas sur le vrai, nous établit souvent dans une logique faite d'un formalisme sans fondement, d'une déduction sans rigueur, qui ne résout pas les problèmes posés à l'échelle du quotidien comme à l'échelle d'une prospective porteuse d'évolution positive. 

 

Le miroir est brisé. N'est-il pas en train de nous renvoyer une fausse image de nous-mêmes ? l'effet de fascination d'un progrès sans limites n'est-il pas en passe de nous faire vivre un cauchemar ? un questionnement, d'ailleurs, en ce moment, se fait jour au fil des comptes-rendus de catastrophes vécues par télévisions interposées. Des phénomènes dont nous n'avions, jusqu'ici, qu'une vue parcellaire, nous apparaissent dans leur globalité. Une certaine défiance se fait jour devant les affirmations péremptoires des hommes aux commandes. On ne sait plus très bien à qui se fier. Un langage plus nuancé s'établit déjà, dans certaines sphères du savoir. Quelques précurseurs tirent la sonnette d'alarme, les scientifiques nuancent leurs propos et reviennent au doute salvateur qui fût toujours leur force. Tout le monde se cherche. Mais les solutions se font rares.

 

Nous sommes une génération coincée entre le passé collant et un avenir fantastique. Nous voyons s'ouvrir devant nous une ère nouvelle où la mise en question de notre orgueil sera la première réponse apportée à nos qualités d'homme construit. L'ère nouvelle a besoin d'hommes et de femmes éveillés à une nouvelle raison, branchés, coeur et esprit, dans la responsabilité de leurs comportements vis-à-vis des décisions qu'ils prendront - tendant à changer leur manière de vivre et de penser en accord avec une éthique de type nouveau dans laquelle ils puissent se préparer aux défis du troisième millénaire. Dans la nouvelle investigation de la recherche humaine moderne, il faudra mesurer les enjeux avant de promulguer les changements. Nous sommes devant un choix : soit rester dans une animalité porteuse de mort, soit nous propulser dans une humanité de troisième type. Cette nouvelle voie est la voie royale de l'évolution de notre espèce. La transformation demandée est immense. Elle nous oblige à se déconnecter des vieux schémas sclérosants de la matérialité et d'ouvrir nos écoutes, avec une plus grande attention, aux phénomènes de transformation, nécessaire à un éveil lumineux et cosmique, chargée de vibrations subtiles toutes nouvelles. Là, et là seulement, est notre chance de salut.

 

L'intuition profonde nous pousse à évoluer dans un sens autre que celui où nous entraînent les faiseurs de contes et les promoteurs de bonheur pour demain. Le retournement de situation est proche. Tous les clignotants sont au rouge. La situation actuelle échappe à tous les pouvoirs en place. Ils n'ont plus de solutions à long terme à proposer. Ils font durer le mort par intérêt personnel de réélection. Jusqu'où ira ce marché de dupes ? seul, l'avenir le dira. En attendant, les quelques éveillés qui ont pris conscience de l'enjeu que pose l'avenir travaillent dans l'ombre à préparer le changement. Ils le font dans un silence feutré, parsemé de petites réussites, avec un sérieux qui les honore, d'autant qu'ils ne sont soutenus par personne, les peuples étant anesthésiés par le souci maladif de consommation effrénée à crédit. Même les plus riches se trouvent pauvres, malheureux, psychiquement coincés dans l'insécurité ambiante. Tous les peuples veulent prendre part au festin, alors que les ressources du globe se restreignent à vue d'oeil à cause du gaspillage éhonté des pays riches - dont un tiers de la population, cependant, vit déjà dans la précarité. Le modèle en place n'est donc plus exportable sans provoquer de ruptures en chaîne aux conséquences incalculables pour l'ensemble du système planétaire. Ne rêvons plus ! seul un réajustement réfléchi à hauteur des problèmes que nous avons à régler pourra rétablir la situation, dans un équilibre supportable pour tous. S'atteler à cette tâche demande bon sens, courage, honnêteté et remise en ordre dans nos vies - et remise en ordre du monde dans son ensemble. Là est notre unique chance de rétablir un ordre vivant rééquilibrant, pour tous, dans une responsabilité partagée.

 

 

 

 

Chant 4 : Involution et Évolution

 

 

 

Nous vivons la fin de l'involution, et nous rentrons dans le temps de l'évolution. Il nous faut apprendre à vivre en trinité d'être, sur trois plans : le plan matériel, sensoriel, et spirituel ; se former à être des créateurs originaux au service de l'univers. Le créateur, en nous, nous appelle à changer profondément en faisant jaillir des milliards d'expériences vécues, par des milliards d'humains, une création enrichie, pour des temps nouveaux. Les sophistes, aujourd’hui, pullulent. Ils se gorgent de beaux mots en public et nous offrent toujours le bonheur pour demain. Ils sont malheureusement coupés de la réalité des faits à cause de leur fonction de dominant. Ils vivent dans les salons, discourant de l'avenir du monde, en pensant que les peuples les suivront toujours aveuglément. Ce n'est plus tout à fait le cas. Gare aux manipulateurs, en tout genre, de toutes sortes d'intégrismes, ils portent en germe la déstabilisation du monde. Ils sacrifient aux pires déviances. Les hommes de pouvoirs ne peuvent plus encenser les peuples de belles promesses non tenues, ni faire rêver au paradis pour demain. Comment s'y retrouver dans ce monde à l'envers ? un seul moyen ! l'éducation honnête et loyale des hommes, et la prise de conscience globale, que nous sommes tous embarqués sur le même bateau "terre" et qu'il est menacé d'avaries. Jamais, les hommes n'auront autant besoin de leurs capacités de discernement. Et, seule l'initiation personnelle au "connais-toi toi-même" peut les rendre responsable de leur destin, en cette fin de millénaire.

 

Nous vivons dans une apparente sécurité qui s'effrite un peu plus chaque jour. Des problèmes de plus en plus insolubles apparaissent à chaque instant. De toutes parts, l'édifice prend l'eau. Les empires et les puissances, malgré leur superbe, sont envahis de contradictions et sont impuissants à réguler les flux vitaux planétaires. Ils font du coup par coup, selon les nécessités du moment, mais ne résolvent rien sur le fond. Les matérialismes, de droite comme de gauche, ne sont que les épiphénomènes du même désordre général. Ils enferment les hommes dans une vision perverse de la responsabilité. La remise en état de ce pauvre monde déséquilibré risque bien de se faire dans le sang et dans les larmes. Car, il faut bien se mettre dans la tête que changer le monde, passe obligatoirement par se changer individuellement soi-même. La véritable reconversion vers un mieux être, vécu en harmonie avec les autres, passe nécessairement par ma transformation. Écrira-t-on toujours l'histoire des hommes, avec l'or des vainqueurs et le sang des vaincus ? ou bien, deviendrons-nous, enfin, adultes porteurs d'humanité ?

 

Le monde est ce que la totalité des hommes en font. Nous sommes tous responsables, reliés à nos actions par le fil conducteur de la vie. À nous d'en faire un tissage, d'harmonieuse composition, ou bien une cacophonie babélienne. nos manières de penser sont à la base des grands mouvements qui mènent à cette harmonie de comportements sociaux et culturels. Apprenti ! oui ! certes, il faut en passer par là, mais cela n'empêche en rien, le souci d'un bon sens collectif, puisque, que nous le voulions ou non nous sommes sur le même bateau, en recherche du bonheur. Le chemin de la maturité passe nécessairement par l'effort de chacun, pour une meilleure disposition à vivre sainement. S'ouvrir à cette maturation de nous-mêmes demande effort suivi, courage, respect, humilité, et accès à une montée spirituelle réelle et non falsifiée. La véritable liberté doit s'accompagner d'évolution, de connaissance de soi, d'élévation du niveau de notre conscience des autres et de nous-mêmes. L'amour, cette énergie libre, cet échange d'âme, veut nous mener à une plus sincère vision du vivant au service de la perfection divine. Cela nous oblige tous et toutes à un travail sérieux de reconversion humaine, en tendant vers une meilleure compréhension du projet communautaire humain.

 

La libération ne s'obtient pas d'un coup de baguette magique, en un tour de main. Elle est la récompense d'un travail de laboureur creusant un sillon fécond dans la matière vivante pour en extirper l'esprit de lumière. Travailler inlassablement à se donner l'habitude du bien, dans la paix. Rien ne sort de rien. Il faut labourer ardemment ses champ d’expériences pour de fécondes semailles. Lutter de toutes ses forces contre l'ignorance en soi pour la nette discrimination entre le bien et le mal dans un travail de connaissance et de clairvoyance. Devenir un résonateur d'intuition ne passant pas par la raison et comprendre avec son coeur la mission d'évolution qui nous a été confiée par "Dieu" à notre naissance. Laissons parler notre Âme, dans un vivant fécondé de nos réalisations.

 

L'homme actuel recherche le fin mot de sa propre histoire. Il se sert des dons du créateur pour engraisser le mal au détriment de lui-même. Ô regarder, en cette fin de millénaire ce que l'ignorance a fait de l'amour ? quand mettrons-nous enfin, dans notre vie des petites musiques de nuit pour faire en nous, une belle symphonie. L'ignorance se veut-elle connaissance. ou est-t-elle mensonge de l'âme. Il faut lutter pour la beauté d'une vérité pure. Rien n'est plus effroyable que l'ignorance agissante. Pourtant plus l'histoire devient catastrophique plus la révélation est proche de nous.

 

Il existe une seule forme de liberté : la liberté intérieure. Emprisonnés dans les dogmes religieux politiques sociaux ou moraux imposés, nous évoluons dans un cadre limité, nous restons prisonniers de nos manies, de nos habitudes, de notre éducation. L'ignorance est souvent une calamité librement consentie. Il faut servir le monde extérieur en sachant bien que ce cadre est provisoire par rapport à la voie évolutive recherchée. L'humain libre sait que l'évolution intérieure est lente, quoi que continue et pleine de vertus d'amour, pour nos faiblesses et nos souffrances.

 

Le symbole de l'homme actuel serait le crabe car il marche de travers. L'homme parle, met à l'épreuve toute la fiction moderne de son savoir logique et rationnel. L'homme depuis qu'il marche en crabe devrait savoir qu'il ne dit rien logiquement puisque son savoir est partiel, donc sujet à caution, dès qu'à l'instant une nouvelle connaissance vient élargir son potentiel d'expériences acquises. Nous avons un langage passe partout, mais la réflexion en est exclue. Nous vivons, souvent les effets des choses, sans en débrider les causes, dans une saine analyse de la complexité. L'expérience ainsi mutilée n'offre plus qu'un dire installé dans la confortable insignifiance d'une ignorance savante. On embellit le discours de superficialité, ou, ce qui est plus grave, d'artificialité pédante. C'est d'une pauvreté pleine d'orgueil, cachée sous les fleurs d'une rhétorique de professeur.

 

Kant mit la géométrie au service d'une logique défaillante ; saurons-nous éclaircir notre ignorance hors formalisme, hors d'un cartésianisme anesthésiant. Pourtant depuis les ouvertures d'incertitudes créées par la nouvelle physique et sa relativité nous aurions dû apprendre à mieux soulever le couvercle de la boîte de pandore de notre destin. Jamais voie plus élargie ne se fit reine dans cet océan d'inconnaissance. Il n'y a qu'à photographier les plages empestées de détritus et de mazout, les cieux empoisonnés de radioactivité pour entrer en religion d'humilité sur les soit distants progrès. Sans parler de l'hypocrisie sur l'aide au tiers-monde affamé par le jeu machiavélique des puissances d'argent. Comment ne pas crier son dégoût devant tant d'inconscience camouflée sous des augures de générosité ? nous nageons tous dans la contradiction d'une conscience tronquée.

 

Nous sommes devenus ces hommes artificiels contents d'eux-mêmes, vivant dans une société de faux progrès, installés dans l'incapacité d'un retour lucide sur soi, étrangers à l'évolution, vieillards épris de sécurité et de possessions, hommes perclus de dissimulations derrière les soliloques d'une télévision et d'une presse chargées, ensemble de nous reprogrammer suffisamment pour nous endormir satisfaits. L'inquiétude factice est vite effacée par l'attachement égotique d'une vie remplie de petites activités individuelles gratifiantes. Qu'à cela ne tienne, la faim, le chômage, la solitude et la misère ne nous touchent plus de très près ; alors vaquons heureux à nos occupations sans jeter un regard sur le revers de la médaille du faux progrès que nous vivons tous.

 

Dans cette préoccupation somnambulique égocentrée, ne voyons-nous pas la lourdeur froide d'une terre en guerre civile, l'excessive pauvreté de la majorité de ses habitants ? Ne sentons-nous pas pointés sur nous les orgues de Staline, d'une musique militaire dantesque ? Ne goûtons-nous pas les risques fumeux de nos drogues psychédéliques, vendues par d'incalculables salauds qui en tirent profit en sacrifiant nos enfants perdus ? Ne ressentons-nous pas le piège de nos médecines à drogues sécurisantes voilant notre mal à vivre la souffrance salvatrice sous couvert d'apparente réussite d'une évacuation de la mort ? Les gibbosités de notre trop plein éclatent dans l'infarctus et l'anévrisme d'une vie défaite ! et la violence ! ce cri de haine, ce manque d'amour ! les ventres vides, le fracas des vitres cassées et de vies mutilées par les attentats meurtriers de quelques fous de "Dieu" ! madame la société, vous êtes folle ! votre superbe n'a d'égal que votre incommensurable bêtise.

 

Au lieu d'apprendre à travers l'expérience accumulée par des siècles de générations au service de l'humaine condition, l'homme triture son destin, pollue de plus en plus la terre de ses ancêtres. Cette impiété génétique se propage dans la majorité des êtres, neutralisés par le besoin maladif de protection. Nous n'avons pas l'audace d'élever le tabernacle de notre lumière et de notre communion au-delà de nos petits appétits. Notre projet reste bloqué dans son animalité perverse et obéit aux ordres de la maladie du pouvoir, comme à une malédiction.

 

En praticien flatté dans sa vanité, nous nous satisfaisons de cet opéra sauvage que dans sa fougue extraordinaire et sa dissipation, entretient l'énergie d'un orgueil démesuré et licencieux. Dans cette espèce de folie qui nous déshumanise, les délices cachent nos jambes tremblantes, la peur de l'autre fait des ravages. Le penseur malade, va vers sa chute. Les jeunes gens dont l'âme est lumière ont déjà quitté le bateau pour l'âge d'or de l'amour, alors que la majorité des vieux se vautrent dans une printanière hallucination de "Club Med" où rajeunir leurs oripeaux de retraités bedonnants. Mais l'admirable sculpteur, cependant, affine l'oeuvre créatrice dans le secret, comme un maître des forges. Il laisse la liberté offerte à l'homme, faire office de catharsis, afin d'obtenir un nettoyage des parties obstruées de la sculpture, afin que la lumière y mordore des ombres bouillonnantes d'espérance. La vie, alors, s'affinera et se créera majestueuse par l'effet divin de cet amour offert en rédemption de nos errements de malades, perdus dans les brouillards de notre inconnaissance.

 

 

 

 

Chant 5 : La Marche Intérieure

 

 

 

Le bien et le mal se croisent comme les balles au cours d'une bataille, mais seul le bien atteint son but final ; le mal, lui, tue et c'est tout. C'est un mauvais moyen pour bâtir le monde. Les crises que nous vivons prouvent à chaque instant qu'il faut sortir de cette dualité. Notre folie ne peut plus durer, elle ne contente plus personne. L'inquiétude est partout présente. Ce jeu de balance ne favorise plus les plateaux de ladite balance ; le fléau s'en affole. Aucune porte de sortie ne va vers le jour. Le tunnel de notre contradiction devient long à traverser. L'idole qui se cache au fond de la caverne ne brille plus des mêmes feux. Les temps sont venus d'éclairer notre lanterne. Ensemble nous devons exorciser le mal.

Les hommes, tous les hommes portent leur propre image de désordre sur le miroir déformant de la fausse réalité. L'orient et l'occident ne demandent-ils pas un surcroît d'amour ; en découvrant leur garde ? n'affichent-ils pas ensemble leurs faiblesses